Une fondation contre l’oubli

« En Afrique, quand un vieux meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. » Amadou Hampaté Bâ

Cette vérité doit nous hanter. Comment nous, hommes de l’écriture, armés pour conserver le patrimoine de l’humanité, pouvons-nous assister impassibles à l’extinction, à la disparition de mythes aussi riches que le furent ceux de la Grèce ?

Force est de constater que l’immense mouvement des recherches ethnologiques entreprises au XXe siècle s’est surtout focalisé sur les peuples les plus « visibles », ceux qui fourmillaient de richesses culturelles : masques, sculptures, sociétés initiatiques, mythes d’origine complexes, etc. Or il est apparu qu’il existe, parfois à proximité immédiate d’une ville où les anthropologues se rendent fréquemment, de tout petits groupes possédant une forte identité individuelle, et qui restent ignorés.

Au cours de ses trente-trois ans d’existence, le musée Barbier-Mueller a trouvé le temps, et les enquêteurs qualifiés pour en étudier quelques-uns. Néanmoins, rapidement, il s’est avéré que cette activité annexe ne pouvait pas, ne devait pas être poursuivie sur une plus grande échelle par une institution ayant pour principal objectif de faire connaître les qualités plastiques des oeuvres élaborées dans le contexte magico-religieux des « peuples sans écriture ». En effet, nombre de ces petits groupes isolés n’ont aucun objet de culte, aucun masque, aucun « fétiche ». Ils n’ont pour eux qu’une étonnante organisation socio-politique, des cultes complexes fondés sur des statues en terre crue, périssables, des préoccupations religieuses aniconiques, bref ! Rien qui puisse être exposé dans un musée, ou peu de choses.

J’espère que cette Fondation, créée avec l’appui de Vacheron Constantin, une entreprise horlogère deux fois centenaire, dont les dirigeants partagent mes préoccupations, sera aussi soutenue par de nombreux bienfaiteurs et que ses activités pourront rapidement se développer. Et qu’aucun être humain, aucune religion, aucune culture, si petite soit-elle, ne disparaîtra sans avoir laissé une trace claire.

Jean Paul Barbier-Mueller
Président d’Honneur